
Les utilisateurs de Doctolib ont récemment pu recevoir un message intitulé « Doctolib s'engage dans la recherche pour améliorer la santé ». À première vue, cet e-mail ressemble à une simple annonce présentant les nouveaux projets de recherche de la plateforme spécialisée dans la prise de rendez-vous médicaux en ligne.Dans sa communication, Doctolib explique vouloir exploiter la technologie afin d'améliorer le quotidien des professionnels de santé et de contribuer à l'évolution de la recherche médicale. L'entreprise indique notamment avoir créé un laboratoire de recherche en santé dont les travaux seront réalisés avec des partenaires scientifiques reconnus. Derrière cette présentation générale se cache toutefois un projet plus précis : le développement d'un laboratoire dédié à l'intelligence artificielle clinique. Cette initiative prévoit l'utilisation de données issues des utilisateurs afin de concevoir et d'évaluer de nouveaux outils destinés au secteur médical.
En consultant les informations détaillées du projet, le terme « laboratoire de recherche en santé » laisse rapidement place à une formulation plus spécifique : laboratoire de recherche en IA clinique. Cette nuance est importante. Le programme ne vise pas uniquement la recherche médicale traditionnelle, mais la création et l'amélioration de modèles d'intelligence artificielle capables d'intervenir dans différentes étapes du parcours de soins. Doctolib prévoit de développer ces technologies en collaboration avec plusieurs acteurs scientifiques européens, notamment des hôpitaux, des instituts de recherche et des établissements académiques. L'objectif annoncé est d'utiliser l'intelligence artificielle pour mieux anticiper certains risques de santé, améliorer le suivi médical et simplifier les échanges entre patients et professionnels.
Cette orientation n'est pas nouvelle pour l'entreprise. Depuis plusieurs années, Doctolib développe des outils reposant sur l'intelligence artificielle afin d'automatiser certaines tâches médicales et administratives. La plateforme propose notamment un assistant de consultation capable d'analyser les échanges entre médecin et patient afin de générer automatiquement un compte rendu. Cette technologie peut également aider à organiser les demandes médicales, transcrire les conversations, préparer certains documents ou faciliter l'accès à des ressources professionnelles. Doctolib a également expérimenté des assistants vocaux permettant aux patients de prendre rendez-vous par téléphone via une conversation avec une IA. Avec ce nouveau laboratoire, l'entreprise souhaite aller plus loin en exploitant la puissance des modèles d'intelligence artificielle appliqués aux données médicales.
Le point qui soulève le plus de questions concerne l'utilisation des données personnelles de santé. Dans son message envoyé aux utilisateurs, Doctolib précise que le projet pourra s'appuyer sur certaines informations nécessaires aux travaux scientifiques, notamment :
Ces informations pourraient être utilisées dans le cadre d'une première étude prévue sur une durée de trois ans, avec une conservation des données pouvant atteindre cinq ans afin de permettre l'analyse et la publication des résultats scientifiques.Doctolib affirme que ces travaux seront réalisés dans un cadre strict, avec notamment la participation d'équipes liées à l'Inria, à l'Inserm et à l'Université Paris Cité.L'entreprise indique également appliquer la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL, un cadre réglementaire destiné à encadrer certains traitements de données personnelles dans le domaine de la recherche en santé.
Pour rassurer les utilisateurs, Doctolib précise que les données utilisées ne permettront pas d'identifier directement les personnes concernées. Cependant, une distinction importante doit être faite entre pseudonymisation et anonymisation. Une donnée anonymisée est une information qui ne permet plus d'identifier une personne, même après recoupement avec d'autres sources accessibles. À l'inverse, une donnée pseudonymisée conserve un lien indirect avec l'utilisateur. Les éléments directement identifiants, comme le nom ou l'adresse, sont remplacés par un identifiant technique, mais une réidentification peut rester possible dans certaines conditions. La pseudonymisation réduit donc les risques liés au traitement des données, mais ne transforme pas ces informations en données totalement anonymes. Elles restent soumises aux obligations prévues par le RGPD, notamment en matière de sécurité, de transparence et de respect des droits des utilisateurs.
Le fonctionnement choisi par Doctolib repose sur un principe d'opposition : les utilisateurs sont inclus par défaut dans le programme, mais peuvent demander à ne pas participer.Les personnes qui souhaitent empêcher l'utilisation de leurs données doivent effectuer une démarche volontaire via le formulaire prévu à cet effet.Doctolib précise que cette opposition n'aura aucune conséquence sur l'accès aux services de la plateforme ni sur le suivi médical des patients.Les utilisateurs disposent également des droits prévus par le RGPD, notamment :
Pour exercer ces droits, il est également possible de contacter directement le service dédié à la protection des données de Doctolib.
Le lancement de ce laboratoire illustre une tendance majeure dans le secteur médical : l'utilisation croissante de l'intelligence artificielle pour analyser les données de santé et améliorer les soins.Si ces technologies peuvent permettre des avancées importantes dans le diagnostic, la prévention et l'organisation médicale, elles soulèvent également des interrogations majeures concernant la confidentialité des informations personnelles.Le cas Doctolib rappelle ainsi un enjeu central de la médecine numérique : trouver le juste équilibre entre innovation technologique, recherche scientifique et protection de la vie privée.