
La France connaît une augmentation inquiétante des fuites de données et des cyberattaques. Ces dernières semaines, plusieurs piratages d’ampleur ont renforcé les inquiétudes concernant la sécurité des informations personnelles des Français. Parmi les incidents les plus marquants, on retrouve le piratage de Cegedim Santé, qui aurait exposé les données médicales de 11 à 15 millions de personnes. D’autres entreprises ont également été touchées, comme Flora jet, victime d’un hack informatique. Autre attaque majeure : la cyber intrusion dans le fichier national des comptes bancaires FICOBA. Ce piratage historique aurait entraîné la compromission des informations liées à 1,2 million de comptes bancaires, ce qui en fait l’un des incidents les plus sensibles récents.
Selon plusieurs études spécialisées en cybersécurité, l’ampleur du phénomène est considérable. Une analyse de Surf Shark révèle que 40,3 millions de comptes appartenant à des Français ont été compromis en 2024.Avec ces chiffres, la France se place au deuxième rang mondial des pays les plus touchés par les violations de données, derrière les États-Unis. Plus surprenant encore, la densité des fuites de données y serait 12 fois supérieure à la moyenne mondiale. Si l’on rapporte le nombre de comptes piratés à la population, la France devient même le pays le plus touché au monde. Des chercheurs en cybersécurité du LiveSOC d’Inetum confirment également cette tendance préoccupante.
Malgré cette multiplication des incidents, Vincent Strubel, directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), appelle à relativiser certaines annonces de piratage. Selon lui, il existe souvent « une surcouche de bluff » dans les revendications de cybercriminels. Beaucoup d’attaquants exagèrent l’ampleur de leurs intrusions pour gagner en crédibilité ou augmenter la valeur des données qu’ils vendent sur les forums clandestins. En 2025, l’ANSSI indique avoir recensé 1 366 incidents de cybersécurité, un chiffre similaire à celui de 2024. Concernant les fuites de données, 460 signalements ont été étudiés, mais seulement 196 incidents ont été confirmés, et 80 vérifiés avec certitude. Cette situation s’explique notamment par la circulation de bases de données anciennes ou déjà compromises, parfois mélangées avec de nouvelles informations pour donner l’impression d’une attaque récente.
Même si certaines revendications sont exagérées, la France reste l’un des pays les plus ciblés par les hackers. Elle figure aujourd’hui parmi les trois principales cibles mondiales, aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni. Pour les experts, la démocratisation des outils numériques et l’essor de l’intelligence artificielle générative facilitent désormais les attaques. Des cybercriminels peu expérimentés peuvent aujourd’hui lancer des campagnes de phishing très convaincantes, avec des e-mails mieux rédigés et plus ciblés. Ces techniques permettent d’atteindre plus facilement des employés disposant d’accès sensibles aux systèmes informatiques.
Face à cette situation, le patron de l’ANSSI estime que l’État français agit déjà à son niveau. Selon lui, le rôle des autorités est principalement de contrer les attaques les plus sophistiquées, souvent liées à des acteurs étatiques, et de mettre en place des lois pour améliorer la protection des données. Il rappelle également que les institutions ont fait preuve de transparence lors de certaines cyberattaques majeures, notamment celle visant le ministère de l’Intérieur. Lors de cet incident, considéré comme très grave, des pirates ont réussi à consulter des fichiers sensibles de la police, dont le TAJ (Traitement des antécédents judiciaires) et le FPR (Fichier des personnes recherchées). Une centaine de fiches auraient été exfiltrées.
L’enquête a montré que cette intrusion avait été facilitée par des erreurs de cybersécurité importantes. Certains comptes de messagerie de la police nationale n’étaient pas protégés par une authentification à deux facteurs. Après avoir obtenu des identifiants compromis, les pirates ont pu accéder aux e-mails et y découvrir des mots de passe stockés en clair, leur ouvrant l’accès à plusieurs plateformes sensibles. Ces négligences démontrent que, dans certains cas, les cyberattaques réussissent davantage grâce à des failles humaines et organisationnelles qu’à des techniques sophistiquées.